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Les Bains du Broca : retour aux sources
Lorsqu’en janvier 1993, Jean-Pierre Lacoste immobilisa la dernière pierre tout en haut du nouveau fronton en plein-cintre, il ne pensa peut-être pas que ces mêmes gestes avaient déjà été exécutés plus de deux siècles avant lui par un autre artisan-maçon de Gan. Mais ce dont il était sûr, c'est qu'il avait définitivement sauvé de la ruine ces "bains romains" qui, depuis de nombreuses années déjà, menaçaient de s'écrouler et former à jamais qu'un misérable tas de pierres.
bains-du-broca.jpgDepuis 1975, date à laquelle la voûte extérieure commença à s'écrouler, il ne restait plus rien du fronton dont la pierre particulièrement fragile s'était totalement délitée. Compte tenu de l'accélération du délabrement par les intempéries une intervention urgente s'imposait. Cette restauration s'est donc effectuée - in extremis - durant l'hiver 1992-1993. Elle a permis de sauvegarder l'édifice que vous pouvez voir en contrebas de l’avenue des Pyrénées, à 100 mètres de la bifurcation des routes d'Oloron et de Laruns, et garder ainsi bien vivants toute l'histoire et tous les souvenirs qui y sont associés.

Si par curiosité, vous vous approchez et que vous levez vos yeux à l'intérieur de la voûte hémisphérique vous lirez la date de 1748 gravée sur la clef de voûte. Cela brise malheureusement le rêve de croire que ces bains datent de l'époque romaine. Nous aurions bien pu le croire car les Romains furent bien présents dans notre région …et très près de Gan. Nous y reviendrons dans un autre bulletin.

Mais les eaux de Gan étaient déjà connues au début du 18è siècle si on en croit l'abbé gantois Daniel de Tristan, un épicurien volage, qui n'hésitait pas à monter à Paris pour fréquenter la fine bourgeoisie et la gent féminine (1). Cet abbé, dans son importante correspondance recevait de très nombreuses commandes de barils de cette eau, mais il arrivait parfois que son correspondant lui demandât aussi de lui faire parvenir de toute urgence - et en attendant - 2 ou 3 bouteilles de vin de Jurançon !

C'est donc au milieu du 18è siècle, en pleine éclosion du thermalisme, alors que les voyages aux Eaux des Pyrénées étaient favorisés par l'extension des réseaux routiers, que les "Bains du Broca" furent érigés.

Entre 1740 et 1750 - au moment même de la construction de ces Bains -  les Eaux de Gan furent l'objet d'une belle bataille épistolaire entre deux grands médecins qui se disputaient leurs qualités : d'une part Bergerou, médecin royal, doyen du Collège de Pau, qui trouvait ces eaux "apéritives, stomacales, absorbantes et propres pour bien des maladies tant internes qu'externes mais surtout pour les coliques néphrétiques et les fièvres intermittentes opiniâtres...", et d'autre part Théophile de Bordeu, qui dans ses célèbres lettres à Madame de Sorbério préconisait les Eaux de Gan pour "...les estomacs lents et pleins de glaires... tels ceux des filles dont l'estomac n'est pas totalement dérangé et dans lesquelles on n'a pas à craindre les convulsions et la sécheresse".

Quelle belle science que la médecine en ce milieu de 18è siècle !

Après ces moments de gloire et la grande réputation dont ont joui ces Eaux, leur prestige déclina progressivement durant le 19è siècle. Malgré une tentative de mise en fermage de ces thermes en 1840 et la construction d'un bâtiment annexe avant la guerre de 1914-1918, afin d'abriter quatre baignoires (dont la couleur rose est longtemps restée dans le souvenir des vieux gantois qui les ont connues jusqu'à leur disparition en 1940), les Eaux de Gan n'ont jamais retrouvé leur prestige passé.

Quinze années après cette restauration, iI faut souhaiter que les alentours des Bains du Broca puissent un jour être aménagés afin de mieux mettre en valeur cette fontaine « néo-romaine » chargée d’histoire.


D. TRALLERO
Association GAN-Mémoire et Patrimoine
Janvier 2009



(1)    Voir Victor Lespy "Un curé Béarnais au 18è siècle", Pau, Léon Ribaut, 1879
 
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